Réponse à Bacongo

Publié le par sonia

Je ne suis pas juriste, mais je pense, contrairement à ce que vous soutenez, que la question de la nationalité n’est pas que juridique. Le juridique en est certes la forme achevée, mais en amont, il s’agit d’abord d’une question aussi bien historique, anthropologique que sociologique, parce qu’elle nous fait remonter inévitablement dans notre passé. D’ailleurs vous suggérez vous-même "un nouveau Code de la Nationalité conforme à l’histoire du peuplement de notre pays". On ne peut donc pas évacuer de ce débat les considérations non juridiques. D’ailleurs, l’exemple Sénégalais que vous citez comme une panacée n’est pas une procédure d’acquisition automatique de la nationalité. Il y est bien stipulé que le concerné doit entre autres conditions "avoir été continuellement et publiquement traité comme tel par la population et les autorités sénégalaises." Comme vous posez la question de savoir " quelles formalités ont-elles accompli certaines des personnes nées ou qui résidaient en Côte d’Ivoire, avant 1960, pour devenir des ivoiriens d’origine à partir de l’indépendance ", j’espère que votre ami Kéba M’Baye vous aura dit sur quelle base les sénégalais (?) pouvaient se permettre de "traiter continuellement et publiquement" certains comme sénégalais et d’autres pas ? Et puis, que renferment juridiquement les termes "continuellement et publiquement " ? Quelle population atteste de cela ? Quels sénégalais pouvaient s’en porter garants étant donné qu’il n’y avait pas encore de sénégalais, "d’un point de vue juridique" ?

Comme vous le voyez, à suivre votre raisonnement "juridique", on n’est pas loin de l’absurde, puisqu’il nous amène toujours à rechercher les premiers nationaux "d’un point de vue juridique" qui ont fait des autres des nationaux "d’un point de vue juridique".
Ce texte sénégalais n’a fait que traduire en partie ce que nous avons appliqué sans l’écrire, car, pour reconnaître la nationalité à quelqu’un, il fallait bien un minimum de critères. Or vous savez bien qu’en dehors des règles juridiques pour acquérir la nationalité d’origine, il y a des réalités qui ne peuvent être considérées comme étant de moindre importance. Même si nos Etats n’existaient pas du point de vue juridique avant les indépendances, il existait au sein de chaque peuple une communauté minimale de conscience, de destin et de culture qui faisaient de nos pays des entités sociologiques distinctes les unes des autres selon des critères qui tiraient leur source non seulement de l’expérience sociale propre à chacun, mais aussi de l’histoire de chacun. Certes, ce sont là des disciplines des sciences humaines qui n’ont pas la même rigueur que le droit, mais on ne peut pas faire comme si en dehors du droit, il n’était pas possible de donner une identité à chacun des peuples Voltaïques, Ivoiriens, Maliens… Or, si de tels critères d’identification et de distinction de nos peuples autrefois francisés, existaient, même s’il ne s’agissait pas de statut juridique en tant que tel, il y avait là déjà des éléments assez indicatifs permettant d’en établir les bases sociologiques. Nos Etats n’étaient donc pas de vastes marchés où se côtoyaient des individus venus de nulle part. Tous les habitants de l’ex-colonie française Côte d’ Ivoire ne pouvaient donc pas être considérés comme étant des Ivoiriens à partir de l’indépendance. D’où certainement la décision du législateur de ne pas faire une distribution automatique de la nationalité. Une distinction était faisable avant et après l’indépendance, sur la base de critères autres que juridiques. On peut estimer qu’ils étaient moins rigoureux que le droit, mais on ne peut pas faire croire comme vous le faites insidieusement et à dessein, que c’était le bordel et que dès le départ, la nationalité Ivoirienne reposait sur du faux. D’où votre conclusion malheureuse parlant de " la crise de nationalité qui ronge la Côte d’Ivoire, depuis son accession à l’indépendance et dont les événements du 19 septembre 2002 ont constitué l’expression la plus tragique Côte d’ivoire".
Soyons sérieux, Monsieur le professeur. Une crise de la nationalité dites-vous, en Côte d’Ivoire ? Ah, je crois que là j’aurais plutôt dû m’adresser non pas à l’intellectuel mais au "Secrétaire National aux Affaires Juridiques et Institutionnelles du RDR".
Votre fond de commerce, ça a toujours été de crier à l’exclusion et à la xénophobie. Ici encore, vous lancez un débat aussi faux que tous les arguments fallacieux avancés par vous pour justifier 10 années de rébellion armée, de meurtres et de toutes sortes d’atrocités. Ce débat sur la nationalité pour faire croire que la Côte d’Ivoire méritait bien une guerre est un autre coup d’épée dans l’eau, parce que plus vous parlez, plus les Ivoiriens et les témoins de notre histoire se rendent compte qu’en Côte d’Ivoire, il n’y a jamais eu de problème de nationalité, sinon une tentative d’opérer une OPA sur notre identité nationale pour en faire au nom d’on ne sait quelle politique, un truc à la disposition de qui en veut. Or vous aviez un demandeur de taille que toutes ces dispositions légales freinaient dans son ambition démesurée à gouverner un pays pour lequel il était disqualifé, étant né de mère Ivoirienne ? (peut-être) et de père Ivorien ? (absolument pas).
Je suis née en 1970. Mon père en 1940 et ma mère en 1950. J’ai la nationalité Ivoirienne d’origine, aux termes de l’article 1 du code de la nationalité, tout comme mes parents, tout comme les parents de millions d’Ivoiriens et Ivoiriennes, tous nés avant 1960. Comment ont-ils fait ? Pourquoi n’a-t-on pas opposé à mes parents votre argument du "tous étrangers" ? Pourquoi d’autres personnes de la même époque auraient-elles été refoulés bien que remplissant les conditions pour acquérir la nationalité Ivoirienne à titre de nationalité d’origine ? Ou alors y avait-il déjà à l’époque un "péril ivoiritaire" ? Et pourquoi vouloir insidieusement mettre l’Etat Ivoirien sur le banc des accusés ? C’est la faute à la loi, c’est la faute aux législateurs, c’est la faute à l’administration, c’est la faute à tout le monde sauf aux personnes concernées dont vous êtes devenus les défenseurs acharnés. Et vos clients, vous leur avez demandé pourquoi ils n’ont pas la nationalité Ivoirienne ? Pourquoi leurs parents n’ont pas eu la nationalité Ivoirienne à titre de nationalité d’origine ? Ou bien ils étaient tout sagement assis dans "leurs villages" et les autorités leur ont dit que ce n’était pas la peine qu’ils viennent faire valoir leurs "droits" ? La loi a prévu des mécanismes de naturalisation. Pourquoi ne pas y orienter vos clients et vouloir à tous prix faire modifier nos lois pour leur faire…ou plutôt pour vous faire plaisir ?
Lorsque feu Emile Boga Doudou avait proposé les audiences foraines dans les régions d’origine pour palier les insuffisances du droit en ayant recours à l’histoire par la recherche des traces dans les témoignages des sachant qui se trouvent pour la plupart dans nos villages, là où les ascendants concernés ont pour la plupart vécu, vous avez crié à l’exclusion et à la xénophobie, votre fond de commerce favori. Aujourd’hui, vous parlez d’apatrides parce que vous cherchez à vous constituer une majorité sans dépendre de l’électorat du Pdci que vous percevez déjà comme un allié instable.

Je terminerai par votre exhortation aux Ivoiriens et Ivoiriennes à faire en sorte de "préserver notre pays de l’enfer qui couve toujours"… ??? Quand je vois que votre contribution a lieu au moment où des centaines de milliers "d’apatrides" ont bénéficié de nouvelles "dispositions particulières" leur permettant de devenir Ivoirien par simple déclaration, quel est donc cet "enfer qui couve" encore ? Les penseurs et concepteurs de l’ "ivoirité" que vous dites combattre sont vos alliés. Le Fpi que vous avez traité de xénophobe est dans vos chaînes. Quel est donc cet "enfer qui couve encore" ?

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