Ben Ali, Moubarak et Gbagbo

Publié le par sonia

Je viens de finir ma tritrologie, et je dois avouer que j'ai été amusé par la une de deux quotidiens qui affichent les photos juxtaposées de Ben Ali, Moubarak et Gbagbo Laurent. L'un d'eux s'est même hasardé à écrire "Gbagbo va suivre Ben Ali et Moubarak". Saperlipopette ! Soit les concepteurs de cette manchette sont ignorants, soit ils font exprès. Quoi qu'il en soit, nous allons faire un tour dans l'actualité plus ou moins récente de ces deux pays pour leur rafraîchir la mémoire et les aider à sortir de la fumée qui leur voile le bon sens, s'ils le veulent bien. Allons-y !

 

Ben Ali. Le Président Tunisien a eu dès le début de sa présidence en 1989 une politique intérieure dans laquelle il refusait l'instrumentalisation de l'Islam à des fins politiques. Ce trait fera de l'homme un partenaire stratégique de l'occident à travers la France dont le pouvoir de faire et défaire les Présidents dans ses anciennes colonies (surtout) était encore intact. C'était la France de Mitterrand (puis celle de Chirac et Sarkozy). Aux Etats Unis depuis lors, on considérait que tout ce qui était islam était plus que suspect. En plus, la Tunisie, membre de la Ligue Arabe a toujours représenté une opportunité stratégique pour les occidentaux de pouvoir exercer une certaine influence sur les décisions de cette organisation dans la gestion des crises au moyen Orient dominées principalement par le conflit Israélo-palestinien. Ajoutons à ces réalités géostratégiques les intérêts financiers de la France:

 

« La France a toujours soutenu la dictature de Ben Ali en se faisant la propagatrice de la vision d’un pays moderne, ouvert et exemplaire vis-à-vis des intérêts étrangers. En effet, la France compte 1250 entreprises établies en Tunisie. Le flux d’investissement français s’est monté en 2008 à 280 millions d’euros, investissements concentrés dans le secteur textile puis les industries, mécaniques, électriques et électroniques ainsi que la plasturgie et le secteur aéronautique. »

(Source: npa2009.org)

 

« La France demeure le premier investisseur industriel étranger (un milliard de dinars) et le premier employeur avec 120 000 emplois. [...] Le nombre d’entreprises françaises qui ont choisi la Tunisie s’accroît en moyenne de 60 unités par an. »

(Source leaders.com)

 

« La France demeure le premier fournisseur de la Tunisie - avec une part de 20,1% en 2009 (contre 18,4% en 2008), devant l’Italie (16,4%) et l’Allemagne (8,8%) - et son premier client, puisqu’elle absorbe 29,6% de ses exportations en 2009 (contre 29,3% en 2008), devant encore une fois l’Italie (21%) et l’Allemagne (8,8%). »

(Source webmanagercenter.com)

 

Avec de tels chiffres, On comprend que Ben Ali ait dû sa longévité au pouvoir en Tunisie à ses soutiens extérieurs pour lesquels sa gouvernance contestée représentait plutôt une belle affaire. Cela est d'autant plus vrai que Michelle Alliot Mare proposait le "savoir-faire" des policiers Français contre la révolution populaire en Tunisie ! Safroulaye !

 

Hosni Moubarak. L'homme se positionne très tôt dans le monde Arabe comme un leader incontournable et très influent. Pour cela surtout, l'Egypte de Moubarak intéresse les Etats-Unis qui vont en faire une pièce maîtresse dans le jeu Américain au Moyen Orient, mais de façon plus générale, au sein de la communauté Arabo-islamique perçue comme le vivier du terrorisme international par les Cow-boys de l'Oncle Sam. C'est bien ce qu'exprime l'analyse suivante portant sur la position inconfortable des Etats-Unis face au soulèvement populaire en Egypte:

  

« La valse hésitation de la Maison Blanche alternant, depuis trois semaines, admonestations envers la dictature et larmes de crocodile versées pour ses victimes, cache mal l’embarras du gouvernement des USA devant les choix stratégiques urgents que la Révolution égyptienne l’a conduit à faire. C’est l’avenir de tout le dispositif impérialiste au Moyen-Orient qui se joue aujourd’hui sur la scène égyptienne, dont la possible remise en cause des accords de Camp David et son corolaire, l’avenir de l’État d’Israël dans ses structures actuelles. Lâcher ou pas Moubarak? »

(Source: npa2009.org)

 

Avec Moubarak, Obama ne fait que perpétuer une ligne politique tracée par ses prédécesseurs et qui veut que dans la mesure du possible, sans état d'âme, soutien financier, militaire et diplomatique soient apportés à tout partenaire potentiel ou effectif dans la préservation ou le renforcement du dispositif anti islamiste de l'occident dans le monde. Comme Ben Ali, Moubarak a donc bénéficié de 30 ans de 'tolérance' stratégique des États-Unis et de toute la communauté occidentale.

 

Ce que les peuples Egyptiens et Tunisiens viennent d’exprimer par ces révolutions populaires, c'est leur ras-le-bol des présidents qui n'ont de légitimité que leurs soutiens extérieurs et qui se préoccupent plus des intérêts étrangers que de ceux de leurs peuples. Ce que les Tunisiens scandaient, c'était "Ben Ali assassin, Sarkozy complice". Oui, le même Sarkozy qui soutien Ouattara contre nos lois. En Egypte on en voulait à Mister Obama, le même Obama qui pour Ouattara banalise les institutions Ivoiriennes. Ces deux soulèvements populaires sonnent plutôt le glas de ceux qui comptent encore sur la communauté internationale ou sur une puissance étrangère pour asseoir leur pouvoir et gouverner par video-conférence avec leurs faiseurs de rois.

 

« Les dictateurs ne dictent pas, ils obéissent aux ordres. (…) Les dictateurs sont de manière invariable des marionnettes politiques. Ils ne décident pas. Le président Hosni Moubarak fut un serviteur fidèle des intérêts économiques occidentaux, tout comme le fut Ben Ali. Le gouvernement national est l’objectif du mouvement de protestation. L’objectif est de se débarrasser de la marionnette plutôt que du marionnettiste. (…) Aucun changement politique d’importance ne se fera sans que le problème de l’interférence étrangère ne soit adressé de manière conséquente par le mouvement de protestation. »

(Source : michelcollon.info)

 

Gbagbo Laurent. La situation en Côte d'Ivoire, contrairement à celle de ces deux pays présente plutôt une tentative des occidentaux menés par la France et les Etats-Unis (encore eux), de légitimer une violation flagrante de la loi électorale pour faire président une autre marionnette. Notez bien qu'en Tunisie et en Egypte, l'armée était du côté du peuple contre les pantins des puissances étrangères. En Côte d'Ivoire, l'armée a également pris le parti du peuple et de la légalité contre le joker des puissances étrangères, Alassane Ouattara qui devrait comprendre que quand on a soutenu avec mépris et arrogance que l'armée de Côte d'Ivoire est désormais une rébellion et que la milice qui le soutient est sa nouvelle armée, on ne fait plus les yeux doux aux Fanci. On assume ses propos.

 

Quand on est vraiment populaire, on ne perd pas le temps à proférer des menaces de soulèvement populaire; on lance l'appel et l'histoire suit son cours. Un prétendu ‘révolutionnaire’ soutenu par la communauté internationale qui a peur des fusils et des baïonnettes d'une rébellion n'est pas digne d'être suivi. Ceux pour qui le peuple peut se soulever et donner sa poitrine sont ailleurs, et Ouattara sait très bien qu'il n'en fait pas partie. L'histoire récente de la Côte d'Ivoire montre aussi que lorsque Bédié a été renversé par les forces rétrogrades de Ouattara, aucun Ivoirien n'a répondu à son appel à la résistance contre 'ces Zozo'. Alors que pour restaurer l'injustice faite à l'homme auquel il s'est toujours identifié, le peuple de Côte d'Ivoire a s-pon-ta-né-ment bravé les hommes du Général candidat malgré leurs kalachs et grenades. Point ne fut besoin d'armée étrangère, ni de commando spécial pour barrer la route à l’imposture et rétablir les règles démocratiques. Comme quoi, mot d'ordre ou pas, lorsqu'on a une vraie assise populaire, ça se voit, ça se constate.

 

Admettez qu'après une lecture à chaud des événements en Egypte et en Tunisie, puis une deuxième lecture partisane, vous étiez à côté de la plaque. Faites donc une troisième lecture à froid pour ne plus dire n'importe quoi.

 

Jamais 2 sans trois, comme vous dites !

 

 C'était les nouvelles du pays 

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Commenter cet article

Sonia 12/02/2011 19:51


Merci quand même pour le jeu de mot 'involontaire'. En tout cas Barako Bana, il a mis piment dans les yeux de ceux qui lui ont donné prix Nobel. Le voilà qui lutte pour envoyer la guerre dans un
pays. Américain, c'est Américain: blanc oh, noir oh, original oh, importé oh!


Zegou Seli 12/02/2011 17:48


Cela fait deux Kokota-sans jeu de mots- à la presse rouge. on attend le troisième puisque jamais 2 sans 3.
Du beau texte!